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Coaching de performance

Coaching de performance : déjouer  les pièges de l’usage du terme « performance »

Par Patrick Toth, formateur

Il est recommandé d’être particulièrement prudent quant à l’emploi que l’on peut faire du terme « performance ». Pourquoi ? Parce qu’une certaine confusion, que nous souhaitons dissiper ici, s’est installée concernant ce thème, sensible jusque dans les rangs des professionnels de la préparation mentale et de l’encadrement des personnes. En effet, galvaudé autant dans le monde du sport (par les entraineurs, coaches, sponsors ou par les athlètes eux-mêmes), que dans celui de l’entreprise (par les managers et cadres de tous niveaux hiérarchiques), ce terme, dont la fonction initiale est d’attirer l’attention sur les prestations d’un individu (renvoyant ainsi implicitement aux référentiels du spectacle et par extension à celui de la compétition), a vu sa signification se réduire pour n’être quasiment  plus être utilisé, dans le langage commun, que comme synonyme de succès.

Dans une orientation de pensée plus sociologique, la « performance » est plus à concevoir sous l’aspect d’une valeur culturelle de base sur laquelle se construit une certaine vision du fonctionnement des sociétés occidentales. Dans cette dernière perspective, on y voit un facteur explicatif (et justificatif) incontournable de la place qu’occupent les  individus dans la structure sociale. Une place qui ne repose plus que, dans cette vision du monde, sur leurs performances individuelles. Ce terme, qui trop souvent ne renvoie plus qu’aux seules dimensions de la compétitivité et des victoires d’un individu (ou d’une équipe), est devenu par extension l’équivalent de succès ou de réussite (sociale, professionnelle, sportive) et renvoie à la mythologie de  nos sociétés en faisant l’objet d’un véritable culte . Le terme performance est ainsi souvent utilisé dans les acceptations suivantes:

•    -pour qualifier les  prestations (ou réalisation) d’un individu
•    -pour souligner la compétitivité d’un individu, sa volonté d’être « devant »
•    -comme synonyme de succès, de réussite
•    -pour justifier la place de l’individu dans la structure socio-professionnelle
•    -pour faire porter le poids de l’échec et du succès sur l’individu lui-même

Il incombe aux professionnels de l’accompagnement et de l’encadrement des activités humaines, en particulier les coaches et les thérapeutes, mais aussi les entraineurs et les managers, de reconstituer un cadre de référence solide et pertinent concernant cette thématique. Lorsqu’on propose un coaching de performance, nous devons garder à l’esprit que l’on ne  « vend »  pas de la réussite ou du succès en tant que tel (dans le sens de l’atteinte garantie des objectifs fixés), mais on propose un service d’assistance et de soutien à la réalisation d’activités spécifiques, dans un contexte donné et en vue d’objectifs prédéterminés.

Avant tout, définir la performance

Que faut-il précisément entendre par les termes « performer » ou  « performance » ? Dans leur signification première, ces termes renvoient à l’idée  d’une prestation ou d’une réalisation correcte et efficace de certaines actions et comportements, dont la finalité est d’atteindre un objectif particulier relatif à un domaine d’activité donné. Par extension, la performance implique l’idée d’un « déploiement»  -dans le sens d’une mise en scène pratique-  de certaines compétences   ou talents constituant les ressources individuelles d’une personne et visant à atteindre cet objectif.  La définition que nous proposons ici offre l’avantage de mettre en relief l’une des caractéristiques, bien trop souvent occultée, de ce terme: il ne suffit pas qu’une personne dispose de certaines aptitudes ou de certaines dispositions particulières (que ces ressources soient acquises ou innées importe peu), elle doit aussi et surtout y avoir accès dans l’urgence d’une situation exigeante, au sein de laquelle elle éprouve le sentiment de devoir faire ses preuves. Si la performance se définit, conventionnellement, comme étant la réalisation ou l’accomplissement d’une activité donnée, le résultat constitue forcément ce qui en est issu. Autrement dit, tout résultat (succès ou un échec) ne peut être désigné que comme la conséquence nécessaire d’une réalisation –soit d’une performance–   alors qu’il est pourtant souvent désigné, lui aussi, dans le sens commun, par ce même mot. Bien évidemment, le résultat d’une performance ne peut en aucune façon constituer cette performance elle-même . Les malentendus et les problèmes conceptuels auxquels on est souvent confronté, lorsqu’on aborde ce sujet (avec les coaches, managers et les athlètes), surviennent souvent d’une confusion des types logiques, consistant à  interpréter à tort la performance comme étant son propre résultat et en la réduisant ainsi à ce qui est sensé, dans le meilleur des cas, en résulter : le succès.

Les multiples dimensions d’une performance

Pour bien clarifier les différentes dimensions contenues dans une performance, et de façon à pouvoir élargir et préciser notre compréhension de ce concept,  illustrons ce qui précède par une mise en scène pratique : imaginons un athlète qui souhaite courir un marathon; nous avons vu précédemment qu’une performance est à comprendre comme étant une réalisation. Pour avoir un sens et pour pouvoir l’évaluer, cette réalisation doit être décrite précisément ; on utilisera à cet effet  toute une série de marqueurs descriptifs qui vont permettre de  la spécifier. Ces marqueurs sont en quelques sortes les « réceptacles » concrets des objectifs de la personne. Ainsi, si par exemple  l’athlète nourrit l’intention (très ambitieuse !) de courir ce marathon en dessous de la barre mythique des trois heures, mettons en 2 heures 45, le temps indiqué correspond à un marqueur de performance, et non à la performance elle-même. Si l’on supprime les marqueurs descriptifs spécifiant une performance, on se retrouve bien évidemment  face à une activité dépourvue de véritable description. En ce sens, on pourrait dire qu’il ne s’agit plus dès lors d’une compétition (contre soi-même ou contre les autres), mais plutôt d’une sorte de promenade.

Par ailleurs, si un athlète, lorsqu’on l’interroge sur son défi, nous exprime par exemple la croyance en sa capacité de pouvoir réaliser cette compétition en 2 heures 40, il va nous exprimer un jugement d’efficacité personnelle (c’est-à-dire une autoévaluation, positive ou négative), qu’il ne faut pas confondre avec une attente de résultat. Les attentes de résultats seraient dans ce cas les applaudissements, la médaille, l’anticipation de la reconnaissance, les gains (prime de course) ou encore une certaine autosatisfaction (par exemple si le chrono réalisés représente une belle réussite pour la personne). Pour bien saisir cette différence conceptuelle entre performance et résultat, on cite souvent l’exemple de la perte de poids ; une personne ne cherche pas à perdre du poids juste pour perdre des kilos ; elle va le faire pour les résultats qu’elle en attend, c’est-à-dire les biens-faits sur le plan de la santé, les commentaires positifs et les regards différends de l’entourage, ou encore pour l’amélioration de son image personnelle. « Personne n’irait s’affamer seulement pour perdre du poids  ».

Métaphoriquement parlant, les compétences requises en coaching de performance pourraient être comparées à une paire de lunette que chausserait l’accompagnant, lunettes dont les lentilles filtreraient les dimensions essentielles de toute performance, en permettant au regard de se concentrer sur les outils et les instruments servant au contrôle mental et au guidage de l’action et du comportement de son client. Plus généralement et tel que nous les concevons, le travail d’un coach consiste
•    dans un premier temps de choisir et d’enfiler la paire de lunette adaptée à la situation et aux objectifs son client ,
•    de co-construire avec le client, à travers le prisme ou le filtre constitué par ces lunettes de lecture , la réalité que ce dernier  va être amené à expérimenter
•    de développer, spécialement pour son client, des formes d’entrainement visant à lui permettre de s’adapter à cette réalité ainsi identifiée
•    à amener son client à se réapproprier ces instruments, afin que celui-ci, à travers leur utilisation, accède rapidement à ses ressources propres, en particulier dans les situations de difficulté,  et augmente ainsi notablement ses chances de réaliser ses objectifs

Patrick Toth
Mai 2015

2. La préparation d’une performance

Par Patrick Toth, formateur

Quel que soit le domaine d’activité considéré, il apparait évident que toute personne prétendant réaliser une performance optimale, aura fourni, en amont de celle-ci, un énorme travail de préparation que nous pouvons qualifier en ce sens d’infrastructurel: développement de la condition physique, de la rapidité, de l’endurance et de la motricité pour un sportif ; acquisition et développement des compétences techniques et réflexives nécessaires dans le cadre professionnel, etc. Mais, la plupart du temps, cela ne suffira pas pour se retrouver sur les devant de la scène , qu’elle soit sportive ou professionnelle. La préparation mentale peut-être désignée, en ce sens, comme un paramètre  « superstructurel », tout aussi important pour fabriquer et entretenir une performance optimale. Ces deux paramètres se développent l’un à partir de l’autre et l’un en fonction de l’autre,  dans une dynamique dialectique, comme les deux temps d’un mouvement amenant l’individu à réaliser son propre potentiel.

Pourtant, nous avons pu constater que l’entrainement mental demeure trop souvent le principal laissé-pour-compte, quel que soit le domaine d’activité considéré. Dans le monde sportif par exemple, peu d’athlètes (professionnels ou amateurs)  consacrent ne serait-ce qu’un dixième de leur temps de préparation au développement ou à l’amélioration de leur stratégies mentales. La plupart du temps, ce sujet est abordé lorsque des situations telles que la baisse notable du niveau de la performance, la baisse de la motivation, le doute, l’anxiété, le découragement, soit toutes les situations qui ont en commun l’impossibilité d’accéder à ses ressources personnelles (sportives ou professionnelles), se posent à un individu sans qu’on parvienne à en expliquer les causes par des facteurs d’ordre physiologique ou médical. Les  problèmes liés au « mental » sont alors souvent déjà bien verrouillés dans l’esprit de la personne, qui commence alors à s’interroger et à douter d’elle-même, s’entretenant à travers cette attitude dans une spirale dangereuse pour la suite de sa saison sportive  ou de sa carrière professionnelle. L’entrainement de la force mentale ne fait en général pas partie de la définition des objectifs des individus, et constitue souvent un domaine réservé uniquement à leur initiative personnelle. Comme s’il semblait périlleux de l’aborder du fait de son caractère éminemment subjectif, ne se prêtant que difficilement à une approche expérimentale (quantitative, mesurable), par opposition au domaine plus concrètement mesurable du développement de la condition physique ou des aptitudes professionnelles. Pourtant, ce facteur mental est d’une importance capitale. Pourquoi ? Parce que si, dans un contexte sportif, la condition physique et la maîtrise technique du sport considéré, (respectivement la maitrise des connaissances requises et l’expérience professionnelle dans le monde de l’entreprise) sont, bien évidemment, des paramètres incontournables pour fabriquer la performance (dans le sens de succès), ils ne suffisent pas à garantir à l’individu la possibilité de réaliser pleinement ses objectifs, et, surtout d’en retirer un sentiment d’intense satisfaction et peut-être même de fierté personnelle.

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