
Les jeunes générations utilisent le mot « déprime » de manière très large. Elles parlent de « déprime » aussi bien pour une petite déception d’avoir eu des vacances peu ensoleillées que pour une situation de découragement total comme peut en vivre une personne au bord du suicide, prête à sauter en bas du pont.
Cette manière de « mal nommer les choses » a des conséquences. Et une des conséquences les plus graves, est que la dépression est une maladie souvent mal comprise, souvent banalisée par le 90% de la population qui ne souffre pas de dépression-maladie.
Différencier dépression-émotion, dépression-deuil et dépression-maladie
Dans la nomenclature médicale, la dépression n’est pas définie comme une émotion, mais comme une maladie. Le fait de confondre ces deux processus très différents est non seulement une source de confusion mais surtout une source de banalisation, de retard de traitement et de souffrance.
Une émotion, comme nous l’avons vu, est une manifestation normale et même nécessaire de notre psyché. Par contre, la dépression-maladie n’est plus un élément « normal », il s’agit bien d’un mal fonctionnement, d’une maladie :
Dans un fonctionnement sain, on peut passer facilement d’une émotion à une autre d’une minute à l’autre. La tristesse est une émotion normale et saine dans le cas d’une perte de son travail, dans le cas d’une perte d’une personne proche, dans le cas d’une trahison d’un(e) ami(e).
On ne peut bien sûr pas espérer la même chose avec la dépression-maladie. Des phrases comme « reprends-toi ! » ou « donne-toi des coups de pieds aux fesses ! » ne fonctionnent pas.
Dans la dépression-maladie, la tristesse est présente de manière excessive. La personne souffrant de dépression-maladie ressent de la tristesse, une tristesse infinie, de ne pas avoir faim en se mettant à table, de ne pas arriver à se laver les dents. Elle peut pleurer d’entendre un oiseau chanter ou de voir un nuage passer devant le soleil.
Un deuxième amalgame très fréquent et source aussi de souffrances, c’est l’amalgame entre dépression et deuil :
Si vous vivez la perte d’une personne proche et que vous êtes triste, c’est normal, c’est le deuil. Si vous êtes encore abattu et avez de la peine à faire les choses après six mois, mais que vous allez un peu mieux, c’est probablement toujours le deuil.
Par contre, si après six mois vous n’allez pas mieux et que vous êtes toujours incapable de vous mouvoir, là il s’agit de dépression-maladie, une dépression qui a été déclenchée par la perte, mais qui était déjà sous-jacente.
Il existe de multiples manières de traiter une dépression. La dépression est un trouble de l’humeur et tout ce qui agit sur l’humeur peut aider à guérir une dépression. Il ne faut donc négliger aucune approche qui soit bénéfique y compris les approches comportementales, la luminothérapie, l’hypnose et les médecines complémentaires.
Cela ne signifie pas que la dépression-maladie soit facile à traiter pour autant. Est-ce un trouble métabolique ou est-ce un trouble uniquement psychologique ? Il y a beaucoup de batailles d’experts, des batailles d’école autour de cette question. Ce que l’on peut dire c’est que les traitements connus qui fonctionnent le mieux à ce jour combinent la chimie et la psychothérapie. Par contre, il faut s’attendre à ce que tous les traitements appliqués pour une dépression grave vont nécessiter du temps : six mois minimum et c’est souvent plusieurs années.
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